Etant de retour dans la famille du technicien où j’avais déjà passé une semaine, je ne peux m’empêcher d’étendre un peu la description de quelques détails de la vie quotidienne qui me surprennent toujours.
Je ne vous reparle pas de la salle de bain, voici juste et sans exagérer la circonférence de l’araignée qui y a déboulé tout à l’heure :
Mais sur ce thème, je voudrais quand même dire que j’ai du mal à comprendre comment les lao qui attachent tant d’importance à leur propreté, en prenant soin de se laver et de changer d’habit plusieurs fois par jour, ne sont pas perturbés par un environnement pas vraiment étincelant.
Cela dit, là j’exagère car il s’agit de certaines parties de l’environnement seulement.
En effet, si vous prenez l’extérieur de la maison, on ne peut certainement pas leur reprocher de ne pas en prendre soin ; tous les matins, quelque soit l’endroit où je me suis trouvée au Laos, j’ai pu voir des gens qui balayaient la route, et même l’herbe devant chez eux.
En revanche, là je vous écris d’un matelas très clairement (enfin non justement, c’est pas clair) jamais nettoyé de sa vie de matelas. Et dans cette grande maison où les meubles ne se battent pas en duel parce qu’il n’y en a qu’un -celui de la télé, superbe écran plat – on dort à même le sol sur ces matelas marronnâtres, en contemplant la tôle ondulée qui fait office de plafond. (peut être pour cela qu’ils se lavent si souvent d’ailleurs…)
Après moult réflexions, visite de différents types de maisons dans différents types d’endroits, j’en suis venue à la conclusion qu’il ne s’agissait sans doute pas d’une question de richesse, mais bien de culture. La preuve en est avec cette vietnamienne DaoHuang qui monopolise le marché du café au Laos et possède la moitié des magasins de Pakse. Elle s’est faite construire dans une maison somptueuse une magnifique cuisine européenne ultra équipée, mais en fait, elle a vite rajouté derrière la cuisine traditionnelle à savoir une petite cabane accrochée à la maison avec un feu, et un petit tabouret. Voilà, c’est tout. La belle cuisine reste inutilisée.
Ce soir, j’ai pu prendre un pseudo cours de cuisine pour essayer de comprendre comment avec si peu de choses, ils arrivent à en faire autant. Mon rôle s’est limité à essayer de couper des légumes (enfin des espèces d’herbes que je mettrais dans cette catégorie). Je découvre des matières premières que je n’imaginais pas, même dans mes rêves les plus fous, avec parfois de très bonnes surprises gustatives. Toutefois après observation, cela confirme mon idée qu’il vaut mieux 1) goûter 2) aimer 3) savoir ce que c’est, que commencer par la dernière étape…
Voilà, donc quelques impressions qui confirment simplement que la notion de confort n’est pas la même entre différents pays, et que le tout n’est surtout qu’une question d’habitude.
Il y a des choses que je supporte sans problème ; me laver pendant 3 mois à l’eau froide, ok (quoique parfois…), manger par terre ok, dormir par terre à hauteur des fourmis et des cafards, à la limite, mais vivre à la lao beaucoup plus longtemps, hum… je ne suis pas sûre.
Ce que je remarque aussi c’est qu’ils sont hyper exigeants, en tous cas ma copine Vathsana (et non pas Vishna comme l’a appelé Marion), sur le fait que nous autres falangs devons nous adapter aux manières laotiennes, ce que je respecte tout à fait, mais très rarement ils cherchent à savoir comment ça se passe chez nous et pourquoi il y a des attitudes difficiles à comprendre pour nous.
Exemples : ne jamais laisser sa cuillère dans l’assiette pendant qu’on mâche, respecter un certain sens pour s’allonger par rapport à l’orientation du toit, ne surtout pas accrocher un sous vêtement de femme à sécher au dessus de la tête d’un homme (mais ça, en fait, je n’ai pas encore eu l’occasion de le faire), et puis comme je vous l’avais déjà dit, se moucher ça c’est interdit, mais se curer le nez en public, apparemment pas de souci….
Donc, un ensemble de règles que je pourrai noter dans un recueil de bonnes manières que j’intitulerai « Comment roter au bon endroit et au bon moment en 12 leçons »
A l’inverse, la mère Vathsana me fait parfois de ces trucs, qui ne se font pas du tout chez nous, illustration, l’autre jour, elle me sort au milieu d’une conversation qui n’avait rien à voir, que j’avais plein de boutons sur la joue, ok, je me suis pris ça assez violemment en pleine face (en plus des boutons donc), bon je n’ai rien dit ce coup là, au Laos comme font les laotiens.
Voyager, c’est une belle leçon de vie, et voir tant de choses fondamentalement différentes pousse nécessairement à se poser quelques questions : « Pourrais – je vivre ici ? Pourquoi non ? Qu’est ce qui me manquerait ? Et de quoi ai-je réellement besoin dans le fond pour me sentir bien ? »
La constante, quand je voyage, c’est ce sentiment de vivre plus intensément des journées plus riches que d’ordinaire, et ce sentiment allume certainement une petite braise au fond de moi qui me poussera sans doute à repartir dès que possible.
Je vous inonde de mes pensées, ce doit être l’inspiration du matelas crasseux, ou bien la musique laotienne qui emplit l’atmosphère sonore. Oh, et comme je vous ai promis d’aborder ce sujet, alors c’est le moment d’en parler.
Cela fait des jours que je cherchais le mot pour décrire l’impression que la plupart des chanteurs-ses me donne. Et ce que j’ai trouvé de mieux, c’est l’idée qu’ils sont en train d’essayer de pondre un œuf pendant qu’ils chantent et que ça n’est pas facile.
Pour expliquer autrement, pour beaucoup on dirait qu’ils ont très très mal quelque part, mais que quelqu’un les oblige à chanter malgré la douleur.
Ensuite, quand on regarde les clips (quasi tous les bus sont équipés de télé, aussi déglingués soient-ils, et pendant des heures, on regarde ce pauvre chanteur qui a si mal, sans qu’on puisse rien faire pour l’aider), on comprend qu’en fait, il a mal au cœur, car ce qui se passe dans le clip, mon dieu, dramatique n’est pas assez fort pour le décrire.
Et oui, le clip raconte une histoire (et je dis bien une car c’est toujours la même quelle que soit la chanson), l’histoire d’une jolie petite asiatique, amoureuse d’un garçon, et qui regarde son téléphone pendant la moitié du clip, en attendant que cet acteur à part entière lui envoie des nouvelles de son bien aimé, qui est en fait en train de prendre du bon temps avec une autre. Ah !
Bon, j’exagère un peu sans doute, certains chanteurs-ses ont bien réussi à le pondre leur œuf, et ça nus donne une musique relativement douce et agréable (à l’exception des tubes de rock taï qui sont comme tous les tubes de rock du monde, pas spécialement doux)
Ce qui se passe dans les chansons me permet de faire la transition avec un autre sujet, à savoir les relations hommes –femmes au Laos. D’après plusieurs personnes avec qui j’en ai discuté, et aussi d’après ce que j’ai vu, il apparaît comme une évidence que c’est une question de principe : l’homme lao trompe sa femme, et malheureusement même s’il vient de se marier ou s’il est sur le point de le faire (plusieurs exemples à l’appui, non que ce soit avec moi qu’ils aient trompé leurs femmes, mais parce que souvent ils ne s’en cachent pas, et que ma fidèle traductrice me tient informée de ce qui se dit.)
En fait, les hommes vont principalement voir les prostituées, pendant que bobone reste à la maison préparer le riz et s’occuper des enfants. Inutile de dire que le contraire – la femme qui trompe son mari- n’est pas envisageable.
Cela dit, même si c’est moins officiel, cela existe bien aussi chez nous, et encore une fois, une femme qui trompe son mari, on sait de quoi on la traite, alors que si c’est le mari, on le traite de coureur voire de Don Juan.
Oh monde injuste… soupir…
Je vous laisse méditer et retourne à mon matelas poisseux, où je vais dormir en rêvant de mon seau d’eau froidissime de demain matin.
Et puis comme le monde est petit, il a fallu que je croise dans ma guest house, un gars de mon école vétérinaire Antoine Castelnau, pour ceux qui le connaissent, incroyable non ?
Bises à tous.
Val
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